LES ROCAILLES DU MONT-BLANC
Le mot « rocaille » est plus associé au jardin d’une maison qu’à la montagne, non ? Par ce terme, on entend en fait de simples parterres formés de roches et de terre. C’est leur contenu qui rend les rocailles spéciales.
Elles sont les gardiennes d’un écosystème unique, qui permet de passer d’un bond de la flore de la Vallée d’Aoste à celle de l’Arctique, d’Amérique du Nord, de la Péninsule ibérique et d’autres zones géographiques. Quelques mètres tout au long desquels vous pourrez admirer de petites espèces alpines originaires du monde entier.
Rocailles du Vallée d’Aoste
À l’entrée du Jardin se trouve la flore de la Vallée d’Aoste, la région où se trouve le Jardin. C’est la plus petite d’Italie, comme on l’apprend à l’école primaire. Pourtant, bien que son territoire ne représente que 1 % de toute l’Italie, cette région abrite 4 % de la flore nationale. En apprenant les noms de ces plantes et en reconnaissant leurs parfums, vous découvrirez que chaque fleur cache une histoire. L’edelweiss, par exemple, est le symbole de ces montagnes, mais elle vient de très loin : des hauts-plateaux désertiques d’Asie centrale. Beaucoup pensent qu’elle est la fleur autochtone la plus rare, mais ce n’est pas le cas. Il y a ici des fleurs moins connues, et encore plus difficiles à trouver, comme l’Eritrichium nanum, un petit myosotis des moraines, ou le lys martagon, qu’on appelle « boucles de dame » en italien en raison de ses fleurs élégantes et bouclées.
Les fleurs rares ne finissent pas ici : en tournant autour de cette rocaille, on peut voir de nombreuses plantes remarquables. La Centaurea triumphetti, qui ressemble à un bleuet de montagne ; la Lychnis alpina, qui pousse sur le pâturage alpin aux altitudes les plus hautes ; la Lychnis flos-jovis, typique de milieux plus secs, qui poussent d’ordinaire à des altitudes inférieures ; la Campanula thyrsoides et la très rare Paeonia officinalis : aujourd’hui, dans la Vallée d’Aoste, cette plante ne se trouve que dans deux zones inacessibles de la basse vallée.
Il y a aussi les armoises. L’Artemisia genipi nous permet de savourer l’arôme du genepy : un digestif sucré. Même la grande gentiane (Gentiana lutea) a des propriétés digestives, mais prenez garde : elle ressemble beaucoup au vératre blanc (Veratrum album), qui est une plante toxique. Pour les distinguer, il faut bien regarder les feuilles, qui sont toujours opposées et distribuées en couple sur la Gentiana lutea avec cinq nervures divergentes vers le bord, et jamais duveteuses ; le Veratrum album a des feuilles alternées, disposées à des hauteurs différentes sur la tige, les nervures sont nombreuses et parallèles, et ont un fin duvet sur la partie inférieure. Lorsque les espèces sont en fleur, il est très facile de les distinguer ; le vératre a de petites fleurs verdâtres disposées en spirale, tandis que la gentiane en a des jaunes, plus grosses, disposées en cercles concentriques.

Rocailles des Alpes occidentales
Dans la rocaille de la flore des Alpes occidentales, on peut embrasser du regard toute la variété qui habite les montagnes les plus occidentales d’Italie, des Alpes maritimes aux Alpes de Haute-Provence, en passant par les Alpes Cottiennes et Graies. C’est ici que pousse l’anémone de Haller. Elle appartient à la famille des renonculacées, mais à la différence des autres renoncules, elle produit un fruit insolite et étonnant : on peut l’observer au cours de l’été, il est reconnaissable à son long filament plumeux. C’est à ses fleurs qu’elle doit son nom : pulsare en latin signifie bouger en ondulant, tout comme le font ces fleurs remuées par le vent des pâturages alpins.

Rocailles des Alpes orientales
Dans l’espace dédié à la flore des Alpes orientales, le terrain est constitué principalement de roches calcaires. On y trouve une roche claire et spéciale, la dolomie, qui compose une chaîne de montagnes aussi belle que celle où vous vous trouvez à présent : les Dolomites.
Certaines plantes présentes dans cette rocaille sont du même genre que les Valdôtaines ou celles des Alpes occidentales. D’autres sont au contraire de véritables raretés botaniques : comme la wulfénie, d’origine pré-glaciaire. On ne peut l’observer qu’en deux endroits : ici, à Saussurea, et dans le secteur le plus oriental des Alpes.

Rocailles Exotiques (rocailles Amérique du Nord, Péninsule ibérique et Eurasie)
Parmi les plantes qui composent la rocaille de la flore d’Amérique du Nord, vous pouvez trouver des ressemblances avec d’autres espèces plus familières. Comme les gueules-de-lion, par exemple, ou la Dryas drummundii qui ressemble beaucoup à la dryade à huit pétales qui vit dans les Alpes et a des fleurs d’une couleur différente. Dans cette rocaille se trouve un genre de plante très particulier, dénommé Penstemon. Dans la nature, elle recouvre de buissons les chaînes de montagnes d’Amérique du Nord : ici, vous pouvez voir ses longues tiges, très feuillues et recouvertes de fleurs de couleurs très variées.
La flore de la Péninsule ibérique est très diverse : dans les diverses zones de cette région, en effet, le climat varie beaucoup et a végétation aussi par conséquent. Dans certaines zones, elle forme des bois luxuriants, riches en arbres feuillus, comme les rouvres, les tilleuls, les châtaigniers, les ormes et les érables. Mais il y a aussi des zones où l’on ne trouve que des arbrisseaux, bruyères, fougères, genêts et quelques autres, capables de résister à ce climat si aride. C’est le cas de l’Eryngium bourgatii, que l’on trouve surtout dans les Pyrénées, et que l’on peut observer aussi dans cette rocaille. Elle appartient à la famille des apiacées et ressemble beaucoup à une plante plus commune pour nous, la reine des Alpes (Eryngium alpinum). De juillet à septembre, elle colore la rocaille d’un bleu particulier, entouré de feuilles épineuses : en grec ancien, erungion signifie hérisson, et c’est peut-être de là que dérive le nom de son genre.
Dans la rocaille d’Eurasie, on peut voir des edelweiss qui ressemblent beaucoup à celles de nos Alpes. Pourtant, elles sont originaires d’Himalaya, d’où vient aussi une plante très particulière, la Potentilla nepalensis : venue du Népal, c’est l’une des rares de notre Jardin à donner des fleurs rouges.

Zones officinales
Toutes les plantes ont une histoire. Mais ce n’est pas tout : dans l’infiniment petit de leurs feuilles, fleurs, graines, racines et écorces, certaines plantes cachent un pouvoir médicinal. Car c’est là que se trouvent les principes actifs : ces substances aux propriétés thérapeutiques naturelles, qui sont transformées par les apothicaires depuis des siècles en onguents, huiles, parfums, tisanes, teintures, cosmétiques, arômes et médicaments. Dans les rocailles des zones médicinales, on peut voir certaines de ces plantes. Comme la rhodiola : on en extrait des principes actifs aux propriétés hydratantes et nourrissantes pour la peau. Ici, vous pouvez voir la valériane, qui aide à équilibrer l’humeur et dont les fleurs sont rose tendre. À côté d’elle pousse la mauve, utilisée pour produire des détergents et des dentifrices grâce à ses propriétés émollientes et anti-inflammatoires. Les fleurs jaunes, semblables à celles des marguerites, indiquent la présence de l’arnica montana. Elles allient des propriétés anti-inflammatoires à des propriétés antimicrobiennes, analgésiques et stimulantes pour la circulation.
Le Benjoin (Peucedanum Ostruthium) est une espèce appartenant à la famille des Apiacee. C’est une plante médicinale. Sa racine a des propriétés digestives, anti-inflammatoires et expectorantes, mais son utilisation par voie interne doit se faire avec parcimonie.
L’habitude diffuse chez les gens de la montagne de sucer un morceau de racine contre le mal de dents peut provoquer une irritation gastrique et une impression d’ivresse.

Flore calcicole
Tout semble immobile dans la roche, mais c’est dans ses profondeurs que tout commence : chaque élément interagit harmonieusement avec les autres et définit l’identité de toute une montagne. Celle des Alpes orientales est formée principalement de roches calcaires, c’est-à-dire riches en carbonates de calcium : voilà pourquoi elles sont surtout habitées par la flore calcicole. Mais les plantes de cette espèce se retrouvent dans les Alpes occidentales et poussent ici, dans la Vallée d’Aoste. Un exemple ? Le Rhododendron hirsutum (Rhododendron poilu), dont les feuilles sont recouvertes de poils. Il appartient au même genre que le Rhododendron ferrugineum (Rhododendron ferrugineux) – dont la partie inférieure de la feuille est couleur rouille, et pousse dans les Alpes occidentales, juste sous vos pieds –, et partage avec lui le surnom de Rose des Alpes, en raison de ses fleurs rose vif. La différence ? Elle se trouve dans leur terrain de prédilection : basique et calcaire pour le Rhododendron hirsutum, acide pour le Rhododendron ferrugineum. Dans cette rocaille se trouvent aussi l’Aster alpinus, le Leontopodium alpinum, la Saussurea alpina,d’autres espèces du genre de la Saussurée et des plantes remarquablement belles, comme la Silene elisabethae et la Minuartia verna qui forme un tapis parsemé de petites fleurs blanches.

